Témoignage (fr-ru) d’Irina et Aleksandra à Paris

Venez découvrir le système éducatif français sous le point de vue d’une étudiante russe.

Article en français / Article en russe

Irina et Aleksandra ont étudié à l’Inalco en 2016-2017.

 

 

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Témoignage (fr) de Domitille

« Quand les Russes rient », thème du festival de films russes en 2015 à Paris. Pourtant, à Kazan, le rire n’est pas si évident. Le cliché des Russes la mine renfrognée et peu avenante dans le rue se réalise ici à la perfection. C’est le froid, me direz-vous ! Défendez-le comme vous le souhaitez, on se contentera de dire : « Это Россия ! ». Ici, comme partout en Russie, il est mal vu de sourire à des personnes que vous ne connaissez pas : c’est souvent perçu comme une marque d’idiotie de votre part. Cette attitude n’encourage pas forcément à parler aux gens, ne serait-ce que pour leur demander de l’aide, car à chaque fois on a l’impression de les embêter. Cependant, c’est loin d’être le cas, et l’épisode que je vais vous raconter en est bien la preuve.

A Kazan, la plupart des étudiants de KFU (Université Fédérale de Kazan), sont logés au village universitaire. Ce dernier ne se trouve pas dans Kazan même, mais en périphérie, et pour y aller il faut prendre le bus (ou le trolleybus, il va plus vite !) pendant un peu plus d’une demi-heure. Bien évidemment j’ignorais à mon arrivée à Kazan que le bus n’empruntait pas la grande voie rapide qui relie Kazan au village universitaire en dix minutes à peine en taxi ! Ah oui, car, autre petit détail, le taxi est tellement bon marché ici (moins de 2€ pour aller du centre au village universitaire) que généralement les étudiants le prennent tous au début de leur séjour pour aller faire tous leurs papiers en ville. Mais ça, c’est une autre histoire !

Bref ! Donc après être allée en taxi au centre, je décide, pour la première fois, de rentrer en bus, mais de marcher un peu avant car il faisait beau, bien que froid (-14°C). Or je pensais tout simplement que les bus empruntaient la même route que les taxis, à savoir la voie rapide. Je commence donc à me diriger vers celle-ci, jusqu’au niveau du théâtre Кукол. Arrivée à ce niveau, je vois un arrêt de bus et je me mets à attendre…attendre encore… Le froid commence sérieusement à se faire sentir, et, quant à faire, j’abandonne l’idée du bus et décide de prendre un taxi. Problème : le froid fait chuter la batterie de votre téléphone portable très rapidement, et en moins d’une minute le mien passe de 30% à 1%…pour finalement s’éteindre une seconde plus tard. Bien évidemment, pas de batterie de secours, et donc aucune possibilité de commander un quelconque taxi !

Il me faut donc retourner à cet arrêt de bus et de nouveau attendre en espérant qu’un bus finisse par passer, et que ce soit le bon ! Rien de moins sûr ! Au bout de quelques minutes d’attente, toujours pas de bus en vue, et le froid mordant, je me décide à aborder une бабушка, bien qu’au premier abord elle me semble renfermée et peu sympathique. Prenant mon courage à demain (et il en faut pour oser parler aux Russes !), je lui demande si elle sait quand le bus va arriver. Elle me répond que les bus ne passent plus ici (malgré l’arrêt de bus toujours présent). Je lui explique alors que je suis bien ennuyée car je dois rentrer au village universitaire mais ne sait pas du tout comment m’y prendre ! Tout à coup, la voilà qui sourit, s’ouvre, me dit de la suivre, qu’elle va m’aider, et nous voilà parties toutes les deux, direction l’unique ligne de métro de Kazan ! En chemin nous parlons, elle me raconte ce qu’elle fait dans la vie, me demande d’où je viens, se perd en compliments sur la France, et sur les étudiants français qui viennent étudier à Kazan. Tant bien que mal nous arrivons au métro et Лариса, car c’est son nom, me demande mon numéro pour rester en contact avec moi : « si vous avez le moindre problème un jour, appelez-moi ! ». Je prends le sien.

Toute revigorée par cette rencontre absolument charmante, je prends le métro, non sans quelques difficultés : là encore, une бабушка et un policier me voyant dans l’embarras m’ont aidée, et étaient absolument ravis de voir une Française chez eux ! Après avoir un peu parlé avec eux, je monte dans le métro, puis, non sans quelques mésaventures, dans le bon bus, et je parviens enfin à rentrer au village universitaire, transie mais heureuse de ces quelques rencontres !

En plus de connaître désormais le bon arrêt de bus, j’ai appris, grâce à cette petite mésaventure qu’il ne faut jamais s’arrêter à la première impression que nous font les gens, du moins en Russie : leur aspect fermé et rebutant cache en fait un grand coeur et, si jamais on leur demande de l’aide, ils se plient en quatre pour vous, quitte à changer tous leurs plans pour vous aider. Depuis je reste quotidiennement en contact avec Лариса, à qui, le 8 mars, je n’ai pas manqué de dire : « С праздником 8ого марта ! ».

Témoignage (fr-ru) de Yulia à Paris

L’étudiante russe Yulia, de l’université de KGPU de Krasnoyarsk, a rédigé deux articles sur la formation supérieure dans le cadre de son échange avec l’Inalco. Elle a mis en lumière les difficultés que peuvent rencontrer des étrangers avec le système éducatif français, et un Français avec un système éducatif étranger. Des épreuves interculturelles surmontables, heureusement !

Article en français – Article en russe

Bravo à elle pour ces deux articles, après seulement 2 ans et demi d’apprentissage de la langue française.

Témoignage (fr) d’Antoine à Minsk

Antoine est le premier étudiant de notre département à être allé à Minsk pour étudier. Alors évidemment, on se pose beaucoup de questions et on s’inquiète. Mais, dans le cas où vous n’auriez pas le temps de lire ce petit entretien, vous pouvez retenir tout de même ceci : Minsk c’est super chouette, Antoine est super content et tout va bien, et cela vaut le coup d’y aller, alors faites vite !

Привет Antoine ! Pourquoi as-tu décidé de partir ? Pourquoi à Minsk ? 

Il m’a semblé normal, en étudiant à l’INALCO, de parfaire ma terminologie et mes connaissances dans un pays dont j’apprends la langue. En deuxième année, j’ai déposé ma candidature auprès de Madame Stachowitsch. Je postulais pour Moscou car c’est une ville attractive, et de nombreuses connaissances y vivent… Maria Alekseïevna m’avait alors parlé de l’accord qui somnolait entre Minsk et Paris et qu’il fallait réveiller (peut-être étais-je le bon ambassadeur), et m’avait vanté les avantages de Minsk (publicité à valoir pour les prochains qui souhaitent partir !) : on y parle russe et biélorusse, c’est une ville à taille humaine, il n’y a peu/quasiment pas de Français, ce qui assure de rapides progrès.Un peu réticent au début, j’ai ensuite pensé que ce serait une bonne expérience, j’ai dit oui, et l’aventure a pu commencer !

Quelles ont été tes premières impressions en atterrissant sur le sol biélorusse ? 

La première chose qui saute aux yeux est la propreté du pays. Le reste du pays ressemble aux pays post-soviétiques, mais j’ajouterais que l’esprit, la mentalité de l’URSS sont bien plus présents qu’en Russie ou en Ukraine. Enfin l’accueil qui m’a été réservé m’a particulièrement touché.

Qu’est ce que tu étudies à la fac ? Comment est l’ambiance dans ta classe ? Tu étudies avec des étrangers ? 

Dès mes premiers jours à l’université, Valentina Valentinovna, la personne s’occupant des étrangers, m’a pris en charge. J’ai pu composer moi-même mon emploi du temps en assistant la première semaine aux cours proposés pour les étudiants, afin de choisir ensuite ceux qui me plaisaient (et qui pouvaient par la même occasion correspondre aux cours français) : grammaire pratique, littérature, histoire et civilisation biélorusses, deux cours d’expression orale et d’expression écrite. Quelques personnes de ma classe, et 3 de mes jolies professeurs. Hormis les cours de littérature, nous sommes peu nombreux (5 à 6), et tous étrangers (Corée du Sud, Grèce, Slovaquie, Italie). L’ambiance est géniale, nous sommes tous très amis, et nous organisons de nombreuses activités avec nos amis et professeurs biélorusses (excursions, visites, cinéma, restaurants, etc..).Le département de français a organisé de nombreuses activités, et j’ai pu rencontrer des étudiants intéressés par la culture française. Nous nous voyons régulièrement : je leur parle en russe, ils me répondent en français et nous nous corrigeons mutuellement. C’est un excellent exercice!

Où vis-tu ? Comment c’est ? 

Je vis au foyer au 4ème étage d’une barre typiquement soviétique, rénovée en 2011, située à 15 minutes à pied de l’université. Je partage ma chambre avec deux Slovaques : Matej dont la mère est russe et Oleg (maintenant reparti) dont le père est russo-ukrainien. Ils parlent couramment russe. Je ne parle donc que russe. D’ailleurs, entre étrangers, nous ne nous parlons qu’en russe.

Une anecdote à raconter ? 

Grâce à Oleg, je connais toutes les dernières nouveautés musicales russes par cœur (notamment Лада Седан Баклажан qui tournait en boucle) et j’ai amélioré ma terminologie avec des mots plus qu’utiles dans la vie quotidienne.

Raconte-nous une journée type de ton quotidien. 

La plupart des étudiants se réveille avec les cris de guerre des soldats qui s’entraînent chaque matin devant l’obshchejitie (foyer). Le vrai « lever » a lieu vers 9h (les cours commencent à 9h45). A l’université, les cours durent une heure et demie. Les professeurs nous lâchent une demi-heure vers midi pour le déjeuner que nous prenons à la stolovaïa (cantine). La journée de cours s’achève vers 16h30. De retour à l’obshchejitie, je discute avec mes voisins avant d’aller courir une petite heure sur le parcours santé aménagé le long de la rivière qui jouxte le foyer.En général, la journée se termine autour d’une bonne bière biélorusse dans un bar de Minsk, entre étrangers et Biélorusses, où chacun fait le compte-rendu de sa journée, en russe bien-entendu!

As-tu eu des problèmes interculturels avec des Biélorusses, des Russes, ou même des étudiants étrangers ? 

Pas un seul… ! Si ce n’est la même histoire que Lucas : « пакет нужен ?». Ou les liasses de roubles biélorusses. Horrible…! (cf : Lucas avait été pris au dépourvu face à cette question « il vous faut un sac ? ») 

As-tu un peu voyagé dans le Bélarus ? Tu as un lieu à conseiller ? 

Pour l’instant, notre ami et meneur de foule coréen, Doyeong, qui a plein d’amis dans le pays, nous a fait visiter Grodno et Brest. Ces deux villes sont splendides, et je conseille à quiconque souhaite de les visiter d’y aller au plus vite. A défaut de pouvoir emporter mon piano à Minsk, je me suis inscrit dans la chorale du BGU. Nous avons donné des concerts à Minsk et au château de Mir, un lieu formidable qui rappelle le passé prestigieux de cette région qui a été ravagée plusieurs fois par les guerres.

As-tu des conseils particuliers à donner aux étudiants désireux de partir à Minsk ? 

Oui, venez vivre une expérience hors du commun en République du Bélarus !C’est un des pays les plus fermés d’Europe, les étrangers n’y sont pas légion : je n’ai pas rencontré beaucoup de Français en 4 mois.Le point négatif : les déplacements vers les pays limitrophes sont limités.Le point positif : en tant que Français, vous serez vite aimés. L’idée de la France, pays de l’art, du savoir-vivre, de la mode est trèsancrée chez les Biélorusses. A nous de rester ambassadeurs de ces valeurs.Enfin je tiens remercier du fond du cœur Mmes Stachowitsch et Krylosova pour leur précieuse aide et pour leur dévouement. Je tiens à exprimer ensuite toute ma gratitude à Nina Aleksandrovna Tsybulskaya, professeur de Français au BGU, et à sa charmante étudiante, Anna Novikova (qui a la joie de passer le second semestre à l’INALCO), qui m’ont aidé, guidé, conseillé à Minsk. Un grand merci aussi à Manon Gallet et ses précieux conseils !Merci Antoine pour toutes ces précieuses informations !

Témoignage (fr) d’Aniela, Lison et Adèle à Moscou

Moscou, la capitale russe, les grands building, les lampiottes dans la rue, le métro magique, la Place Rouge et les blinis du parc Gorki. On en rêve, et Aniela, Lison et Adèle y sont déjà depuis septembre.

Est-ce que vous pouvez nous raconter un peu comment vous vous êtes installées ?

 (Lison) – Mmmmh… J’habite au foyer numéro 5 de HSE, et c’est vraiment bien ! Je suis dans une chambre double que je partage avec Bénédicte, elle aussi partie étudier à HSE (logique..). On est très bien installées. On a eu de la chance, car le bureau qui s’occupe des étudiants internationaux venant étudier à HSE est vraiment très compétent. Je me suis sentie attendue, et j’ai été (on a été tous) très bien accueillis. Nous avons eu deux semaines de pré-rentrée, avec des sortes de conférences pour nous expliquer le déroulement de l’année, le choix des cours, la vie à Moscou… C’était vraiment bien. Et d’un point de vue administratif, tout s’est fait (presque) tout seul…

(Aniela) – Je vis en coloc avec Adèle, chacune d’entre nous a sa propre chambre (qui n’a pas changé depuis 1953 d’ailleurs : mêmes meubles, même parquet plutôt pourri, même matelas, mais ne vous en faites pas, on s’y fait très vite). Toute notre vie quotidienne se déroule dans l’enceinte du bâtiment principal. Personnellement j’ai toujours des frissons quand je vois que j’habite dans un des 8 gratte-ciel staliniens…

(Adèle) – L’arrivée a été rude, la chambrette sordide et ses dépouilles de cafards pas très engageantes. L’accueil administratif lui aussi manque de chaleur, mais ça on savait. Je n’avais pas réalisé les distances à parcourir que représenteraient les premières formalités. Je pense que le 1er jour j’ai du faire huit kilomètres de marche à pied pour aller et venir dans les différents bureaux (et me perdre, bien sûr). Après une ou deux semaines néanmoins on commence à prendre ses repères, on ne voit même plus les taches sur le plancher de sa chambres, et même les cafards n’ont pas repointé le bout de leurs antennes !

Et alors qu’est-ce que vous faites de vos journées, vous faites des promenades, du sport, du théâtre ? Vous vous voyez souvent ?

(Adèle) – Au début c’était beaucoup de balades, maintenant qu’il fait froid on reste davantage calfeutrées, ou alors on sort mais pour mieux se retrouver dans un endroit chauffé : bars, musées, bars principalement, mais c’est une question de proportion : je crois avoir fait tous les musées (en exagérant un peu), mais je suis beaucoup plus loin d’avoir fait un tour exhaustif des bars de la capitale ! J’ai assisté à quelques concerts, notamment proposés par le conservatoire, mais je ne suis pas encore allée au théâtre, ce qui ne devrait tarder.

Question sorties : la vie nocturne ici est inégalable, si Moscou ne croit pas aux larmes, elle croit encore moins au sommeil…!

(Lison) – Ce que je fais de mes journées ? Deux fois par semaine je vais en cours de russe pour les étrangers, et à ça se rajoutent un cours de littérature et un cours de linguistique russe. Et puis je suis rentrée dans une troupe de théâtre amateur, avec laquelle j’ai répétition pour l’instant trois soirs par semaine. Je prends aussi un cours d’accordéon dans une école de musique, une fois par semaine ! Et le reste du temps, soit je suis au foyer où je révise pour les partiels pour l’INaLCO, soit je vais faire des balades, soit toute seule, soit avec les filles qui étudient au MGU avec qui, oui, nous nous voyons souvent !

(Aniela) – En dehors des cours, je mène une vie très pleine. J’ai intégré la chorale de l’Université, on organise des soirées « films russes » dans un bar au centre de la ville..

Et comme Moscou est une mine d’or en ce qui concerne les événements culturels, j’assiste à des concerts, je vais au théâtre, je visite les nombreux musées de la ville. On va souvent se promener au Park Gorki, qui propose des journées thématiques avec conférences et spectacles à la clé… Et maintenant que la saison hivernale a commencé, je me remets au patin à glace!

Un évènement qui a chamboulé votre vie à Moscou et changé radicalement votre vision de la Russie ?

(Aniela) – Hmmm… La découverte du kefir a radicalement changé la vision que j’avais de la nourriture russe. Je suis accro.

(Lison) – Alors comme ça, de but en blanc, j’aurais tendance à répondre « le vol de mon portefeuille », grâce auquel j’ai pu faire connaissance avec le système judiciaire-policier russe, mais depuis il m’est arrivé un truc encore plus intense… J’ai découvert (roulement de tambour, la tension est à son comble)…

Davaï, tu as toute la tension qu’il te faut, on t’écoute…

…les сухари au pavot… (ndlr : les сухари (ou sukhari) sont des petites tranches de pain grillé, genre biscottes, sucrées. On en trouve de toutes sortes : recouvertes de sucre, à la vanille, aux raisins secs ou au pavot). Ça dépasse tant l’entendement du délicieux.

Et là on peut dire qu’il fait froid ? Vous êtes sorties la nuit faire des dessins dans la neige sur les voitures ? Vous faites du patin ? Des batailles de boules de neige avec vos voisins ?

(Lison) – Pour l’instant, il ne fait pas si froid ! Il a neigé pour la première fois le 7 octobre, mais ça n’a pas tenu. Et puis voilà, maintenant c’est tout blanc par terre ! C’est beau. J’adore le mois de décembre (bon OK pour l’instant on est encore en novembre, mais ça va venir plus vite qu’on ne le pense!). Une partie du parc Gorki a été transformée en patinoire, zone dans laquelle on ne peut du coup se promener que chaussés de patins à glace. J’y suis allée, une fois, il neigeait c’était beau, et on pouvait emprunter plein de petits chemins différents, mais je suis tombée au bout de dix minutes, et j’avais peur de me faire couper les doigts, alors je me suis assise sur un banc, j’ai regardé patiner les gens sous la neige en attendant mes copains… C’était trop beau !

(Adèle) – Je n’ai pas encore chaussé de patins cette année mais ça ne saurait tarder, mais oui, j’ai déjà écrit des bêtises sur les pare-brise des voitures.

(Aniela) – Les dessins dans la neige sur les voitures, on les a faits à la mi-octobre ! Il fait plutôt froid, mais maintenant qu’on a adopté la technique des triples couches tout partout ça va. Et ça fait même amortisseur quand on tombe en patin à glace !

Vous êtes allées voir des trucs pas trop loin de la ville ? Vous avez pu visiter Moscou comme il faut ? Aller au théâtre ?

(Lison) – J’ai été à Iaroslavl, car j’ai des amis qui habitent là-bas ! Aussi, avec Bénédicte nous sommes allées à Nijni Novgorod. Et puis j’aimerais beaucoup aller à Vladimir et à Souzdal, mais pour l’instant je n’ai pas trop le temps… J’aime beaucoup marcher dans les villes, du coup dans le centre je fais un maximum de trajets à pieds (la plus jolie des promenades, c’est d’aller à pied de Oktiabrskaïa a Tourguenievskaïa, de préférence la nuit…), mais pour ce qui est des musées (j’ai honte, mais je vais me rattraper, promis…) je n’en ai pas fait beaucoup… Sinon j’ai été voir Eugène Onéguine, joué par la troupe du théâtre Vakhtangov… une merveille…

Vous avez beaucoup d’amis russes ? C’était facile de se nouer d’amitié avec eux ?

(Aniela) – A l’université, j’ai trouvé qu’il est assez difficile d’entrer en contact avec les étudiants russes. Nos plus belles rencontres se sont faites hors du MGU.

(Lison) – Comme je disais, je fais partie d’un groupe de théâtre. Du coup, oui, j’ai rencontré plein de gens chouettes. Je pense que c’est plus facile de se lier d’amitié avec les gens d’un groupe qui ne se réunit que ponctuellement plutôt que pendant les cours à l’université, car les groupes d’amis s’y sont déjà « formés » et c’est plus difficile de trouver sa place…

(Adèle) – Il est très facile de lier connaissance avec des Russes, et je pense que le fait que vous soyez un étranger ne fait que faciliter le processus. Bien sûr, une maîtrise minimale de la langue est requise.

Mais on dit souvent que les Moscovites sont un peu rudes… Est-ce que vous en pensez tout autant ?

(Lison) – Bien sûr des fois on tombe sur des gens pas aimables, mais c’est partout pareil ! La plupart du temps les gens que je rencontre, et avec qui je parle, sont contents d’échanger avec une étrangère..

(Aniela) – C’est amusant, car il y a deux cas : les très serviables adorables, et les secs détestables. Il faut juste tomber sur la bonne personne. Mais les Russes aiment beaucoup les Français en général. Mon plus gros choc a été la découverte de l’administration russe… Il faut s’armer de patience et surtout, ne pas faire attention aux remarques cinglantes de certains. Et là, notre maîtrise du russe nous a vraiment beaucoup aidés.

Et moi, j’ai faim. Une bonne adresse pour aller manger (des pelmeni surtout, même si on n’est pas en Sibérie – увы) ? Parlant de Sibérie, j’ai entendu dire que vous comptiez aller dans la région du Baïkal. Et Krasnoïarsk, Iakoutsk… ?

(Adèle) – Un restaurant: le Натахтари ! Il y en a deux près de Kitaï Gorod, c’est un géorgien simplement délicieux qui, je crois, a ouvert récemment. Sinon bien sûr il y a l’incontournable Mayak, dans la Bolchaïa Nikitskaïa. Quant aux voyages, je vais aller skier en Géorgie en février, le reste n’est pas bien planifié. J’avais déjà fait le tour de l’anneau d’or l’an dernier, aussi n’ai-je pas réitéré, mais parmi toutes les villes je recommande particulièrement Souzdal !

(Aniela) – Bon, il faut que je t’avoue une chose… J’ai découvert la cuisine géorgienne. Et depuis, j’ai presque laissé tomber la nourriture russe. Donc si vous voulez des adresses de géorgiens n’hésitez pas à m’en demander !

(Lison) – Alors en ce qui concerne les pelmeni, j’ai découvert une pelmennaïa dans une galerie marchande, en face de Yaroslavskii Vokzal, c’était très bon, mais je sais pas si c’est The place to eat des pelmeni à Moscou ! Et oui, je veux aller à Krasnoïarsk, parce que j’ai entendu dire qu’il y avait là-bas les meilleurs chocolats du monde1… Je prévois ça peut-être pour le mois d’avril ou de juin…

Finalement, qu’est ce que vous pensez de votre séjour pour l’instant ?

(Lison) – Je suis vraiment, vraiment très contente ! Mais ça passe tellement vite ! On est déjà au mois de décembre, j’ai l’impression de n’être arrivée qu’hier…

(Aniela) – Le séjour est fantastique. Le seul problème concerne les cours que l’on doit repasser en rentrant… Donc faut s’accrocher, mais ça en vaut vraiment la peine ! Quand tu en as marre de travailler, tu as quand même la possibilité d’aller te balader sur la Place Rouge, ici. Je ne comptais pas aller à Moscou au départ. Je pensais que les grandes villes n’étaient pas faites pour moi. Mais l’idée d’étudier dans l’Université d’Etat de Moscou m’a vraiment motivée, et je me suis découvert une passion pour cette ville immense en arrivant ici.. Kitaï Gorod, les parcs, les bords de la Moskova, les immeubles de Moscow City, le métro, les gens adorables… Tu m’as demandé de ne pas en écrire trop, donc je vais essayer de m’arrêter ici.

Quelques conseils à donner aux étudiants qui comptent se rendre à Moscou pour étudier ?

(Aniela) – Du courage, de la sérénité et beaucoup de patience.

(Lison) – Profitez ! Profitez et profitez ! Le temps passe trop vite !

Témoignage (fr) de Lucas à Krasnoïarsk

Une question primordiale –  Notre informateur nous racontait qu’un ours avait dévalisé un potager. Une autre source nous a parlé d’un ours qui aurait fait une razzia de baies. En clair, on aimerait donc savoir quel est le lien qui unit ours et habitants dans cette région, et s’il reste des baies pour les non-ours.

Ah ! Eh bien pour les ours j’ai été fort déçu ! Je n’en ai pas vu courir les rues… Et dire que c’était même la raison principale pour laquelle j’avais choisi la Sibérie ! En ce qui concerne cette histoire de baies, je n’en ai pas entendu parler, hélas ! Par contre, il est certain qu’il en reste assez pour les non-ours : la ville, et surtout ses environs, sont parsemés par ces arbres aux minuscules baies rouges qui ont un goût horriblement amer… Mais tous ici en raffolent : c’est bon pour la santé paraît-il !

Pourrais-tu relater ton périple depuis la France et ton arrivée à Krasnoïarsk ?

Bon, alors mon arrivée a été, comme tu le dis, un « périple ». Me voilà donc arrivé à Orly ; on se gare, on rentre dans le bâtiment et on jette un coup d’œil rapide aux écrans : trois heures de retard. Aïe, ça commence mal. Je vais faire enregistrer le bagage et l’hôtesse se veut rassurante : j’arriverai à l’heure à Moscou pour ma correspondance. Ben voyons. Étrangement, ce retard de trois heures s’est rapidement mué en retard de six heures. Et évidemment, comme si ça ne suffisait pas, je me mets à avoir de la fièvre pendant l’attente… L’avion arrive, décolle puis arrive avec six heures de retard à Moscou, non sans avoir fait plusieurs tentatives d’atterrissage tant le temps était mauvais. Je dois donc, avec de la fièvre et un terrible mal aux oreilles, me rendre à l’agence Transaero pour régler ce petit problème de correspondance. Arrivé au bureau, la nouvelle tombe comme un couperet : pas d’avion avant le lendemain même heure (17h). Il est minuit, on nous donne un bon pour aller nous restaurer puis on revient vers le bureau. S’ensuivent trois heures d’attente pour qu’on nous trouve un hôtel. Dieu merci, il était juste à côté de l’aéroport… A côté de l’aéroport Domodedovo. On avait juste atterri à Vnoukovo. Bon. En tout, on a eu juste une heure de route pour s’y rendre … Ce n’était pas non plus la mort, je n’étais plus à une ou deux heures près. Là-bas, je fais la connaissance des autres malheureux qui avaient raté leur vol à cause d’autres retards : une famille, un chef de chantier de Krasnoïarsk – Stepan – et une ukrainienne. Ces deux derniers ont voulu fêter le malheur à la russe, comme ils m’ont dit : autour d’une (ou plusieurs, je n’ai pas gardé beaucoup de souvenirs de cette soirée…) vodkas. En plus, l’hôtel était 5 étoiles et les boissons et repas étaient gratuits entre 3 et 5 heures du matin.

Voilà donc mon arrivée. Le lendemain, en plus du retard et de ma fièvre, je me suis trouvé dans un drôle d’état ! Il n’empêche qu’on prend l’avion à l’heure et qu’on arrive six heures plus tard sans encombre à Krasnoïarsk. Sauf que là-bas : aucun représentant de l’université ! Comme je n’ai pas internet et que je ne connais pas les numéros de téléphone, Stepan me propose de m’accompagner à l’université. J’accepte. Au lieu des quarante minutes du trajet « normal » vers la ville, nous en avons mis quinze à rejoindre Krasnoïarsk. Il faut dire que rouler à 220 (sans ceintures, évidemment) permet de parcourir plus rapidement la même distance que si l’on roule à 90 (comme les rares panneaux le conseillaient). J’étais tout de même un peu angoissé, je dois avouer.

Mais je n’étais pas au bout de mes peines, car une chose bien pire encore m’attendait : la chambre ! Elle avait été occupée par des étudiants vraisemblablement peu sourcilleux sur les conditions d’hygiène. A ce propos, les étudiants étrangers de l’année passée avaient tellement négligé l’entretien que l’université a décidé de confier une chambre sur deux aux russes pour qu’ils mettent un peu d’ordre, si bien qu’aujourd’hui les choses sont globalement positives – si l’on omet le tapage nocturne incessant entre 20 heures et 6 heures du matin ! Et, ah, malheureusement souvent spécialement pour la chambre dans laquelle je suis : mon colocataire est camerounais, le seul africain de toute l’université, de même que je suis le seul français. Alors assez souvent on a droit vers deux ou trois heures du matin à la visite de russes qui, non contents d’entrer sans toquer, nous secouent pour nous réveiller afin de faire connaissance ! Mais au moins, ils sont polis : le lendemain ils admettent qu’ils nous ont « peut-être dérangés ». Je comprends pourquoi les stars fuient leurs fans maintenant !

(Note aux futurs partants : всё будет хорошо!)

Est-ce que tu pourrais nous parler un peu de ta vie de tous les jours ? On te nourrit ? Il y a des cafards ? Les gens sont gentils ? Tu bois du thé chez des babushkas ? Tu as froid ? Tu as marché sur l’Ienisseï ? T’as monté un renne ? T’as bu de la soupe d’ours…?

La vie ici, ça va. Ca va même un peu trop ! En fait, je ne me repose presque pas. Je suis toujours invité à droite ou à gauche. Il y a cinq jours par exemple : inscrit d’office au bal d’automne ! (qui avait lieu quatre jours après). Alors on a eu droit à des cours intensifs de valse, de polka et autres mots qui ne revenaient auparavant que dans mes cauchemars les plus terribles. Je plaisante un peu, bien sûr : c’était génial (en revanche ça m’a fait mal au porte-monnaie) ! Et ce genre d’occasions n’est pas rare ! La dernière fois c’était pour le vernissage des œuvres d’un peintre à l’occasion de la semaine du cinéma français, une invitation de dernière minute à un karaoké pour un anniversaire, le club, un concert, un restau, etc. Pour résumer autrement, mes nuits avoisinent les trois heures par jour.

En tout cas au niveau de la nourriture, je me rends au supermarché d’à côté pour ne me cuisiner que des plats français (oui, je sais, c’est pas bien. Mais la dernière fois que j’ai voulu cuisiner quelque chose de russe, c’était de la kacha et j’ai mis le feu à la casserole ; et le résultat, loin du blanc pur de l’image sur l’emballage, ressemblait plus à du rutabaga mélangé à du pétrole). Mais franchement, ça n’a hélas pas fait reculer les cafards qui reviennent toujours en nombre plus important. D’ailleurs j’ai une anecdote à ce sujet : un jour, leur présence m’a tellement énervé que j’ai saisi une boule-souvenir (vous savez, les boules à l’intérieur desquelles il y a la ville de New- York) pour littéralement fossiliser un cafard dans le bois de l’étagère. Si le cafard est bien, à ce jour, un témoin d’une pratique estudiantine des résidences U russes, la boule en revanche n’a pas apprécié : elle m’a explosé dans la main et s’est répandue dans toute la pièce ; elle était remplie de paillettes dont une grande partie s’est retrouvée sur la tête de mon colocataire au point qu’ensuite, les gens dans la rue lui demandaient s’il s’agissait d’une coutume africaine de se balader avec des paillettes dans les cheveux … (il m’a fait la tête après ça !).

Par contre en ce qui concerne le froid, alors là, carrément pas ! Le climat est sec, très sec. Du coup il fait chaud. Et on a eu droit au fameux été indien (бабье лето) il y a trois semaines : 20 degrés ! Aujourd’hui (ndlr : fin octobre), il fait aux alentours de 0°C, il est tombé un peu de neige mais il fait trop chaud pour qu’elle se maintienne, transformant les routes en torrent de boue.
Après, pour le reste, non et non, je n’ai pas encore goûté toutes ces spécialités ! Par contre les étudiants chinois m’ont fait goûter les leurs : y compris ce petit piment très piquant, surtout quand on est suffisamment stupide pour en prendre une poignée entière et se la fourrer dans la bouche sans penser aux conséquences de ses actes (j’ai parfaitement compris l’utilité d’un mot tel que раскаяние ce jour-là, croyez-moi).

Est-ce que tu as déjà eu le temps d’aller faire des balades dans les régions voisines, est-ce que tu as des projets de voyages ?

Pour le moment je suis relativement peu sorti de Krasnoïarsk : tout au plus ce que les gens appellent ici les Stolby (monumentales formations rocheuses nichées au sommet des hautes collines qui grèvent le paysage alentour). C’était ma-gni-fique ! Et moi qui pensais ne trouver ici en Sibérie que de la steppe et de la taïga … Eh bien le paysage est tout à fait singulier ! Avec l’université, nous sommes également allés à Ovsianka, là où naquit et vécut l’écrivain poète Astafiev, celui-là même qui a légué son nom à l’université partenaire de l’Inalco. On a pris le téléphérique pour monter sur les hauteurs d’où l’on a pu également contempler un paysage splendide ! Je prévois de faire des voyages dans la région, au sens large. Il y a tant à faire ! Je compte aller au Baïkal, dans le nord de la Sibérie, à Vladivostok et plus tard vers la Mongolie et pourquoi pas d’autres pays alentour !

Quelques mots sur la place de l’aneth à Krasnoïarsk ? Les pelmeni et plats locaux ?
Alors là ! Pour l’aneth c’est toi qui me l’apprends ! Je n’en ai pas une fois entendu parler ! Et pour les plats d’ici … Malheureusement je n’en ai pas encore mangé !

On a appris l’existence d’un club de langue française. Est-ce que tu t’es investi dans ce groupe ?

Oui bien sûr que j’y ai participé. Mais jusqu’ici il n’y a eu qu’une seule rencontre. Les étudiantes (oui bon je ne respecte pas cette règle de grammaire qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin, mais là il y avait trente filles pour un seul garçon en-dehors de moi, alors voilà1 …) ont fait la présentation de la région de Krasnoïarsk, et moi de ma ville natale (je ne suis pas de Paris mais de Troyes ! Et je tiens à ce que cela se sache ! Et ça n’a rien à voir avec le cheval de Troie !)

Est-ce que la langue russe est différente de celle de l’Inalco, là bas ? Est-ce que la pratique est facile ?

La langue d’ici est-elle différente de celle de l’Inalco ? Hum… Comment te rendre mon sentiment ?… Ah oui ! J’ai découvert qu’il y avait des mots grossiers en russe ! Et il y en a beaucoup ! J’ai même entendu en direct la langue des bandits ! En direct ! Oui ! J’étais désorienté : j’ai cru que les règles de grammaire qu’on nous enseignait à l’Inalco avaient disparu depuis longtemps ! Heureusement, les étudiants et les professeurs parlent le russe qu’on nous a appris, j’étais rassuré. En revanche, je dois bien avouer que je suis totalement perdu lorsque je suis dans les magasins…

(продавец) – Пакет нужен ?
(я) – Да
– Ну что за « да » ??? Вам пакет большой или маленький ???
(la première fois je me suis contenté de sourire bêtement parce que je n’avais rien compris)

Est-ce qu’ils utilisent des proverbes bien sibériens, du style « en février garde ton bonnet » ?

Sur cette question je ne peux pas répondre grand chose. Je ne fais pas trop la différence concernant les expressions. Par contre l’accent ici est limpide, ils prononcent vraiment le russe standard. Du coup il n’y a pas beaucoup de difficulté pour comprendre.

 

Quels précieux conseils pourrais-tu donner aux étudiants qui souhaitent se rendre à Krasnoïarsk pour le tourisme ou pour étudier ?

Eh bien, le premier conseil que puisse leur donner est le suivant : venez ! La ville en soi n’est pas transcendante (pour moi, elle correspond bien aux stéréotypes des villes sibériennes que j’avais en tête). Par contre, les gens sont adorables : je me fais inviter en permanence partout et par tout le monde … Oui, ici les gens sont très accueillants, et aussi curieux de savoir pourquoi j’ai choisi la Sibérie et Krasnoïarsk. Et sur ce point, le contact humain est vraiment excellent. Ici, les habitants ont le sens de l’hospitalité et savent accueillir.

Très honnêtement : si vous, étudiants, vous souhaitez vous immerger totalement dans la culture russe, Krasnoïarsk est vraiment la place idoine ! Ici, personne ne parle anglais. Du coup vous êtes obligés de ne parler que russe tout le temps. Bien évidemment c’est dur et parfois on fatigue (j’ai moi-même été coupable de nombreux crimes grammaticaux), mais c’est le seul moyen de progresser vraiment. En effet, autant connaître les règles est simple, autant parler correctement de manière automatique l’est autrement moins… On se rend immédiatement compte de ses erreurs, mais mieux vaut les commettre pour privilégier un débit de conversation correct que réfléchir longuement à ce que l’on veut dire pour respecter les règles et ennuyer tout le monde (et puis, petit à petit, tout devient automatique !).

Après, outre la langue, le contact avec les gens est génial. Il y a bien évidemment les Russes mais aussi tous les peuples de la région : les Khakasses, les Bouriates, les Iakoutes, les Arméniens, les Grecs pontiques, les Juifs, les Chinois, les Mongols, les ressortissants d’Asie Centrale (Ouzbeks, Kazakhs …), etc. C’est vraiment une région méconnue pour nous, Occidentaux ! C’est comme si l’on découvrait un nouveau monde. En plus, on peut faire des connaissances formidables : un liquidateur de Tchernobyl, les poètes de la région, les vétérans de l’Afghanistan etc. Avec chacun une histoire personnelle (et souvent avides de la faire connaître).

Alors mon conseil : venez, vous vivrez une expérience absolument inoubliable !

Témoignage (fr) d’Aurélien à Kazan

Cher Aurélien ! Cela fait déjà quelques mois que tu t’es envolé pour le Tatarstan. Pourrais-tu nous faire part de tes impressions concernant le tchak- tchak, specialité tatare ?

La première chose qui m’est venue à l’esprit en mangeant du tchak-tchak, c’est que ça avait le goût des miel-pops de mon enfance … Mais en plus artisanal. C’est pour ça qu’ici j’en mange surtout au petit déjeuner et accompagné de tvorog. Maintenant, pour être parfaitement honnête, la première fois que j’ai goûté du tchak-tchak, c’était l’été dernier à Paris devant le parvis de Notre Dame ! Une amie nous en avait rapporté de son séjour à Kazan…

Par contre, si vous voulez essayer quelque chose de local mais de moins connu, je recommande le chaourma.

C’est un genre de kebab typique de la partie « turcophone » de la Russie (et d’Asie Centrale). Je ne peux laisser de côté cette question sans mentionner le plov, plat d’Asie Centrale également très répandu au Tatarstan : du riz, du curry, du blanc de poulet et le tour est joué !

Puisque nous en sommes à parler de nourriture, raconte-nous aussi, s’il te plait, comment sont les conditions de vie dans le foyer, là où tu vis !

Ici à Kazan, j’habite dans une cité universitaire surnommée « le village des Universiades » (« деревня универсяды »/ДУ). Il s’agit de l’hôtel d’accueil des participants au tournoi des universiades d’été 2013 (équivalent des Jeux olympiques pour les étudiants), qui a été par la suite réaménagé en lieu d’hébergement pour les étudiants russes et étrangers.

Les conditions de vie sont bon marché et très correctes, surtout en comparaison aux standards des autres obchtchejitie de Russie. Dans mon appartement, il y a deux colocataires : un Britannique et un Coréen. Je partage ma chambre avec ce dernier. Cependant, certains apparts sont constitués d’une seule chambre pour trois ou quatre. Petite astuce : si vous souhaitez avoir une chambre pour vous tout seul avant de partir, précisez-le dans le formulaire d’inscription au KFU ! A part les chambres, il y a une cuisine et une salle d’eau : tout fonctionne normalement, et est propre dans l’ensemble … Attention tout de même aux plombiers qui font des travaux le jeudi sans te prévenir : tu risques de te retrouver avec de l’eau chaude rouillée pendant que tu prends une douche ! Je pourrais aussi vous parler de cette inondation une fois à 5h du matin… Mais je sens que vous voulez entendre des trucs plus positifs, donc passons !

Les cuisines sont bien fonctionnelles, mais parfois un peu exiguës. En ce qui me concerne, ma cuisine, c’est aussi un espace d’échange avec mes deux colocs. On bavarde quand on en ressent le besoin, tantôt en russe, tantôt en anglais… On s’apprend quelques petites astuces sur la langue russe.

Kazan est au Tatarstan, c’est une ville à double culture. Est-ce qu’on s’y sent à l’aise ? Les habitants sont-ils gentils ? Quelle place occupe le tatar dans la vie de tous les jours ?

La place de la langue tatare, du moins à Kazan (ailleurs au Tatarstan, c’est peut être autre chose), est avant tout symbolique. Même si, de temps à autre, on entend quelques échanges en tatar, il est surtout présent dans les annonces dans les transports aux côtés du russe et parfois de l’anglais. Écrit, il se lit sur les panneaux de rues, les écriteaux des bâtiments officiels et également parfois sur les enseignes de divers commerces.
Il y a cependant une indéniable volonté de revendication chez les Kazanais. J’ai croisé beaucoup de gens qui affirmaient avec détermination leur identité tatare, laquelle demeure très présente jusque dans les choix des prénoms (Айгуль, Алсу, Фарида, Гузель côtoient Тимур, Дамир, Рустам, Ильдар). Par ailleurs, les manifestations culturelles dédiées à la langue tatare ou en langue tatare sont extrêmement nombreuses. À noter, entre autres, l’incontournable théâtre Kamal, où même une pièce comme Richard III de William Shakespeare est jouée exclusivement en tatar. Le 26 avril, c’était l’anniversaire du poète national Abdoulla Toukaï, en l’honneur duquel un petit concert exclusivement en tatar a été organisé sur la place historique de Kazan qui porte son nom : un petit aperçu de la facette spécifiquement tatare de Kazan.

Chez nous, il fait encore froid et ça ne rend pas les gens très accessibles ! Pourtant, au détour d’un café, d’un taxi, ou même dans une stalovka, il t’arrivera de faire des rencontres inattendues. C’est dans ces moments, pour l’instant, que j’ai vraiment fait connaissance avec la Russie, bien plus qu’avec mes nouveaux professeurs ou mes camarades de classe. En Russie, avec les gens, la sauce prend quand elle prend : et ça vient le plus souvent des gens du quotidien, de la vie de tous les jours. Un exemple : un beau matin à l’appartement, les agents d’entretien passent pour réparer notre évier. Il est neuf heures, je suis le seul debout, c’est donc naturellement moi qui les reçois. Les deux hommes s’attendent à parler avec l’un de mes colocs, arrivés depuis plus longtemps, mais parlant un russe encore assez balbutiant. Au lieu de ça, me voilà qui leur explique ce qu’il faut réparer, qu’il nous faudrait aussi un nouveau pommeau de douche. Et on tape la discut’ : « а ты надолго ? » « семейный или холостой? » « холостой, конечно! » « а машину водишь? ». C’est au détour de telles petites rencontres que l’on peut vraiment, à mon sens, « apprendre la Russie ». Et surtout, n’aie pas peur de « n’être qu’un étranger » ! Tu peux bafouiller parfois, ne pas toujours comprendre ce qu’on attend de toi, mais t’es là pour apprendre. Et fais attention aussi : à Kazan, les gens ont l’anglais facile, étrangers et Russes, et tous sont vite tentés de passer à l’anglais quand la compréhension devient un peu difficile. C’est pourquoi il est bon de ne pas parler qu’avec les étudiants … Ce sont surtout eux qui sont susceptibles de parler anglais là où tu dois parler russe.

 

Malgré toute la beauté de la ville, il faut bien avouer qu’on en a vite fait le tour. En ces cas-là, à défaut de tourisme, comment passes-tu tes journées lorsque tu n’as pas cours ? As-tu fait des voyages dans les républiques alentour ?

Tu ne crois pas si bien dire ! Kazan est surnommée par ses habitants « одна большая деревня » . Il m’arrive régulièrement de croiser mes nouvelles connaissances, même en dehors de l’université. Ce matin encore je me suis retrouvé nez-à-nez avec un ami anglais à la sortie de la station du Kremlin. Hier encore…

…J’avais vingt ans, je..♫♩
Eh !! Mais !! …Donc, hier encore.., je croisais le même loustic par hasard dans un café. En gros : здесь в Казани мир тесен, и люди часто пересекаются. Ce n’est d’ailleurs pas le seul exemple, d’autant que l’absence surprenante de passages cloutés favorise les rencontres inattendues …
Je n’ai pas beaucoup exploré les environs hors de Kazan, mais désormais le temps commence à se mettre au beau : ça favorise les projets de sorties et de voyages. C’est pourquoi, je m’apprête à partir au mois de mai à Moscou pour quelques jours. Je passerai sûrement à Nijni Novgorod aussi. De plus, nous projetons avec mes camarades de classe de nous rendre à Bolgar, ville historique du Tatarstan.
En attendant, je profite de la ville. Il y a pas mal de lieux historiques tatars et russes à visiter pour qui sait se laisser guider (d’où l’importance de vite sympathiser avec des locaux !). A part ça, Kazan regorge de petits cafés internet sympa, dans lesquels tu peux travailler et voir du monde. À noter une chaîne de café internet du nom de cipherblat : ici, pas la peine de consommer, tu payes pour ta présence à l’intérieur de l’établissement, à la minute (pour une somme modique, café et beignets à volonté) !

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour l’instant dans la préparation de ton séjour et sur place ? Y a-t’il quelque chose à quoi tu n’as pas pu t’habituer ?

Sans hésitation, je répondrais le froid. Même si j’ai échappé aux mois de janvier et de février glaciaux, je reste dans l’âme un enfant du printemps (né en mai). C’est pourquoi je n’arrive pas à me faire à l’idée d’un début de printemps aussi frais. Même les Russes s’accordent pour dire que ce mois d’avril est inhabituellement frisquet. Contre toute attente, je me suis très vite habitué à la nourriture locale comme je l’ai évoqué plus haut. En fait les Russes aiment beaucoup deux choses en matière de cuisine : les sushis et les pizzas. C’est l’une des choses qui m’ont surpris sur la Russie : c’est un des rares pays au monde où l’on peut voir à la même table des maki dans un plat et une pizza Margarita dans l’autre.

En ce qui concerne les difficultés avant mon départ, le principal problème a été l’attente de l’invitation de la part du KFU. C’est pourquoi je recommande à tous ceux qui s’apprêtent à partir de jouer l’anticipation et d’envoyer leur dossier au plus tôt (ne faites pas comme moi en somme !). Il faut également bien faire attention à la couverture sociale que l’on choisit avant le départ. A quelques jours du décollage on s’aperçoit parfois que telle ou telle petite formalité n’est pas remplie comme il fallait. Avec la Russie, plus qu’avec n’importe quel autre pays du globe, rien de ce qui touche la sécurité sociale n’est automatique. En fait, en Russie RIEN n’est vraiment automatique ! Pas même le compostage …

Sur place, passés les inévitables premiers jours d’adaptation, le plus dur à été d’entrer en contact avec les gens. C’est là, à mon avis, le véritable défi : interagir avec les gens dans la vie de tous les jours. Mais c’est le seul moyen de s’approprier un peu la ville. Tu peux faire des sorties avec tes amis et camarades de classe, mais il viendra automatiquement un moment où tu devras parler avec des locaux… Cela dit, c’est vraiment là que le fun commence !

Il faut vite sociabiliser, ne pas hésiter à suivre tes nouveaux compagnons de route : c’est eux qui t’indiqueront où aller boire un verre, comment réserver une place au cinéma, qui te proposeront de participer à des soirées, des excursions ou à des activités de toutes sortes : grâce à mes amis anglais et tatars, je fais maintenant partie d’un club de conversation anglais-russe. Il n’est pas exclu que je monte d’ici peu un petit atelier de discussion franco-russe dans ce même café où nous nous réunissons…

Tu peux également te présenter à l’Alliance française locale et proposer tes services en tant que professeur. C’est une bonne occupation, et très utile : ainsi quatre heures par semaine, mes camarades de classes français et moi aidons des étudiants russes à perfectionner leur français.

Si tu t’en souviens, qu’as-tu pensé après ton premier jour à Kazan ? Et par rapport à aujourd’hui, quelle différence ?

Je me souviens surtout qu’il n’a pas ressemblé à ce qui a suivi ! Une fois atterri, j’ai été chaleureusement accueilli par une amie russe de Kazan. Puis, seulement quelques heures après m’être installé dans la datcha familiale à une vingtaine de kilomètres de la capitale, je participais à une fête de travail organisée par les collègues de sa mère. Une expérience immersive dans la culture russe à peine quelques heures après mon atterrissage, et ô combien différente de mon quotidien.

Mais, une chose est certaine : c’est que cette expérience de la langue russe est unique. Tout ce que je savais du russe auparavant était le résultat de mon cursus en France (principalement à l’INALCO). Tout ce que je savais, je le devais à mes profs, et c’est déjà beaucoup. Mais, ici j’ai l’opportunité d’apprendre le russe depuis l’intérieur du décor pour ainsi dire, ce qui est inédit ! La différence est telle que j’ai très souvent du mal à m’imaginer que, plus tôt cette année, j’étais encore à Paris à apprendre le russe dans l’unique cadre universitaire. Le dépaysement est assuré. Je crois que c’est une sensation que tous ceux qui ont été ou iront un jour en Russie connaîtront.

Que conseilles-tu d’emporter de France de très important pour (sur)vivre à Kazan ?

Des vêtements branchés : le froid n’empêche pas les Russes, surtout les étudiants, de s’habiller classe. Ayant apporté de Paris une quantité phénoménale de vêtements d’hiver, je ressemblais lors de mes premiers jours sur place à un Esquimau démodé et j’ai dû faire les courses sur place pour m’acheter des fringues convenables. D’autant plus que les vêtements sont ce qui se fait de moins bon marché là-bas …, de loin !

Témoignage (fr) de Quentin à Voronej

Quentin, tu es en L3, parti étudier à Voronej pour le 2e semestre. La destination de tes rêves. Comment s’est passé ton accueil là-bas, ton « intégration » ?

Oui, cette incroyable opportunité qui m’a été offerte sur le tard, puisque je ne l’ai eue qu’en septembre de cette année, m’a permis, et me permet, non seulement de baigner dans la langue et la culture russes en permanence, mais aussi d’enseigner le français à des étudiants russes de différents niveaux. Je remercie d’ailleurs encore une fois les deux enseignantes chargées des relations internationales qui m’ont donné cette chance, Svetlana Krylosova et Marie Stachowitch.

L’accueil s’est très bien passé, je connaissais déjà des gens sur place, mais j’ai rapidement fait la connaissance de beaucoup d’autres, que ce soit des Russes ou des étudiants étrangers en échange. Il existe notamment une association, le buddy network VSU, qui accueille et aide volontairement les nouveaux arrivants. Merci à eux pour tout ce qu’ils ont fait et continuent de faire !

Est-ce que tu pourrais nous parler un peu des cours ? Selon les dossiers top-secrets des sources de notre gazette, tu te déplaces beaucoup, non ?

J’assiste à des cours ayant lieu dans deux endroits différents de la ville : une partie des cours a lieu à la РГФ (faculté des langues) pour les cours de traduction, dans le centre de la ville ; une partie à la филфак (fac de philologie) pour les cours de syntaxe, aussi dans le centre (dans le même bâtiment en fait) et une partie à l’ИМО (institut d’études internationales, pour les étudiants étrangers), à côté de mon общежитие (foyer). J’aime bien, cela me permet de me rendre dans le centre tous les jours, même s’il a fallu jongler avec les emplois du temps pour tout faire rentrer. Et puis ça démultiplie les rencontres, donc c’est pratique. On ne connait pas beaucoup la ville de Voronej du côté de la vie quotidienne, est-ce qu’il y a beaucoup de choses à faire, et comment passes- tu ton temps libre quand tu en as ?

Il est difficile de travailler à l’obchtchejitie (foyer), car c’est petit, donc j’essaye de trouver des endroits pour ça. J’ai notamment déniché un café pas trop cher et calme en face de la fac dans le centre, le Moloko, où il fait bon travailler ! Sinon, il y a des salles de lectures disséminées un peu partout dans les bâtiments de l’université, il suffit de les trouver.

Le temps libre… J’essaye toujours de planifier une ou deux activités pour la semaine qui suit, de préférence avec des Russes, bien sûr. On n’oublie pas la raison de sa présence ici ! Les activités sont variées : ciné, bar, restau, soirée cartes. Cette semaine par exemple, j’ai trouvé un concert qui a l’air sympa.

Globalement, du temps libre, j’en ai. Disons que je le trouve entre les cours de français à préparer, les cours de russe à revoir et les cours de l’Inalco à ne pas oublier. C’est sûr que, si tu veux tout faire, tu n’as pas de temps mort…

Dans le précédent numéro de la Gazetka, tu partageais ton inquiétude suite au 8 mars approchant. Au vu du grand nombre de demandes des lecteurs quant au fin mot de cette histoire, entre nous, comment cela s’est-il fini, ce 8 mars, dans une université pleine de filles ?

Au risque de vous décevoir, je n’ai pas offert une seule rose ce jour-là. En effet, le 8 mars est tombé un dimanche, et je n’ai pas vu une seule Russe. Bon, en vérité j’étais un peu déçu moi aussi, car j’aurais bien voulu offrir des roses ou des tulipes… Mais je compte bien me rattraper !

Maintenant que Quentin a totalement perdu la cote auprès des filles, nous pouvons reprendre des questions plus sérieuses. Quelles sont les différences que tu as pu constater dans la vie de tous les jours ?

Je t’en donne une: c’était dans le bus. A Voronej, il y a un réseau de transports en commun plutôt bien développé, et des compagnies privées de marchroutka, de sorte que je n’attends pratiquement jamais le bus. J’ai remarqué que, pour une ligne donnée, mettons la 90, il n’y a pas un seul bus identique : celui-là est un modèle français, celui-ci vient d’Allemagne, le troisième est un car…! Sans le carton indiquant 90, je serais perdu.

Quant aux marchroutka, ce sont des sortes de vans restructurés avec des sièges et des barres pour se tenir. Eh bien, ils ne s’arrêtent pas à tous les arrêts, si bien que toi, étranger, tu dois apprendre à faire comme les Russes : rassembler ton courage et crier, à l’approche de ton arrêt : « На остановке! » ou encore « На следующей! ». Et croyez-moi, ce n’est pas si évident de la faire correctement, sans s’étrangler. De sorte que, lorsque tu y arrives, et que tu reçois le sacro-saint « Ладно… » du conducteur, eh bien tu te sens heureux.

Il fait beau ? T’as froid ?

Je dois dire que le ratio ciel bleu/journées grisâtres est dans le positif. C’est assez inhabituel pour le Parisien que je suis. Et je peux vous dire que j’apprécie particulièrement ces journées-là, lorsque la neige est bien présente et que la fraîcheur se ressent, mais que le ciel est absolument dégagé et que le vent est réduit à une petite brise trop faible pour même déranger ton écharpe. Ça, c’est le mois de février.

Puis vient mars. A ce propos, un conseil quand même pour ceux qui partiront au second semestre : le mois de mars est un vicieux ! Ne croyez pas ses journées chaudes, ensoleillées et revigorantes, qui vous font vous balader en pull. Le jour suivant n’en sera que plus violent, le froid plus mordant et le vent moins clément. Pour résumer, la température a des hauts et des bas dont il faut se méfier, sous peine de tomber malade (eh oui, votre serviteur sait de quoi il parle…). Si cela arrive, le meilleur moyen pour se soigner est d’aller voir votre babouchka (à qui vous aurez pris soin de donner de vos nouvelles régulièrement, bien sûr!) et de lui signifier votre état. Elle saura toujours (tou-jours!) quoi faire, quel médicament acheter et comment se soigner.

Comment t’as géré téléphone et banque?

Le téléphone a été acheté le jour de mon arrivée. Je me suis rendu dans une boutique Télé2 avec l’aide de Polina [ndlr. fantastique étudiante russe en échange à l’Inalco au 1er semestre qui nous manque à tous énormément], et j’ai acheté le moins cher des téléphones (aaah… ce clavier non- tactile en cyrillique. Vous allez en baver les premiers jours). Il se recharge à des bornes que l’on peut trouver n’importe où en utilisant des billets de banque.

Pour la banque, je me suis dit que ce ne serait pas utile d’ouvrir un compte pour une si courte période.

Tu manges bien ?

Alors, pour la nourriture, il faut savoir que j’ai dû changer un peu mes habitudes alimentaires. Par exemple, j’ai dû me résoudre à petit-déjeuner de lasagnes arrosées d’un café au réfectoire de la fac à 8h du matin. C’est dur la première fois, mais on s’habitue très (trop?) vite en fait. Il est possible de cuisiner dans l’obchtchejitie bien sûr, mais vous réaliserez rapidement que c’est très peu pratique. Donc je mange à l’extérieur, soit dans les réfectoires des universités, soit dans le café où l’on travaille entre étrangers, soit dans des stolovaïa, des sortes de cantines du peuple pas chères. Mon meilleur repas reste évidemment celui préparé par la mère de Polina qui laisse un souvenir impérissable.

Témoignage (fr) de Naomi, Godefroi et Nicolas à Nijni-Novgorod

Naomi, Godefroi et Nicolas, partis en échange ce premier semestre, ont accepté de répondre à quelques rares questions parmi les nombreuses posées.
(Par souci de place, nous utiliserons « NN » ou « Nijni » comme abréviation dudit lieu).

Qu’est-ce qui de prime abord vous a poussés vers NN ?

Godefroi : Ben, de l’avis général, Moscou n’est pas un si bon choix (trop gros, trop cher, pas la « Vraie » Russie), et on avait eu plein d’avis positifs sur NN, la fac, la vie là-bas, etc.
Donc c’est clairement ce qui a décidé pour ma part.

Nicolas : Au début, j’avais choisi Nijni-Novgorod parce que c’est une ville qui est grande, développée, sans être monstrueuse. Je ne suis pas du genre agoraphobe, ni misanthrope mais… Je déteste avoir cette sensation que je peux avoir sur Paris, où tu es étouffé par les gens, en particulier dans les transports en commun. Avec NN, j’avais un parfait compromis : une ville plus grande, mais moins peuplée ! En plus de ça, Nijni est riche en histoire, mais, aimant les bonnes surprises, je me suis pas trop informé sur ce point… J’hésitais tout de même énormément avec Moscou qui est tout de même LA référence ! Et on part pour une année scolaire, alors l’idée, c’était de ne pas non plus se retrouver à s’ennuyer, et d’avoir toujours quelque chose à voir. Ce qui m’a fait choisir définitivement Nijni, c’est l’aspect humain. Dans une ville aussi grande que Moscou, c’est l’anonymat qui prime et… on part aussi pour rencontrer du monde et découvrir la culture russe, et sur ce point, ça passe aussi par le contact avec les autres. A Nijni, c’est quand même beaucoup plus facile, que ce soit dans la rue, ou à l’université.

Naomi : Alors… Cela me paraissait une ville culturelle et historique intéressante. Et la situation géographique aussi, pas très loin de Moscou, de Kazan…

Quand vous êtes arrivés à NN, est-ce que cela ressemblait à ce que vous attendiez ? Comment vous êtes-vous sentis au début, par exemple au niveau de la langue, du climat, des conditions…?

Godefroi : Je connaissais déjà la Russie pour y avoir passé un mois, l’été, en Carélie (Petrozavodsk), mais NN m’a frappé: c’est beaucoup plus grand, le site est en lui-même impressionnant, au confluent de la Volga et de l’Oka, dominé par le Kremlin de la ville. Différent de ce que j’imaginais oui, pour ça ! On est arrivés fin août, avec 25° on n’a pas eu froid tout de suite.

Pour la langue on a vite été dans le bain, ça n’a vraiment pas été un souci.
L’obchtchejitie (foyer) était vraiment top, 3 minutes à pied de la fac. Le système russe à ce niveau est sympa: plusieurs « blocs » par étage qui se partagent une cuisine commune. Chaque bloc est composé d’une salle de bain et de deux chambres de 2 et 3 personnes.

Naomi : Quand je suis arrivée, ça ne m’a pas déçue. Au niveau des transports et du quartier j’ai plutôt été agréablement surprise (je m’attendais à être plus loin du centre, moins bien desservie…) et pour l’obchtchejitie j’avais entendu tellement d’horreurs que finalement c’était plutôt bien.
Le climat était plutôt doux, et je m’attendais vraiment au pire, donc, même en décembre, j’étais prête !

Niveau langue, c’est vrai que je ne pensais pas comprendre autant. J’avais peut être sous-estimé notre niveau au sortir de la L2 ?
La seule déception, franchement, c’était de n’être logés qu’avec des étrangers, et l’organisation bancale à la fac.

Ah et encore, sur la ville, j’étais très (positivement) surprise du nombre de petits bars et cafés !

Nicolas : Quand j’ai mis les pieds à NN, j’ai été mis dans le bain en moins de 5 minutes : un bus énorme, d’héritage soviétique, qui respirait le gazole à plein nez nous a amenés de l’avion à l’aéroport. C’était génial (parce que très typique), mais surtout marquant parce qu’à ce moment je me suis demandé ce qui m’attendait derrière. Les clichés sur les Russes et la Russie ce n’est pas ce qui manque. En taxi, pour atteindre le foyer qui se situe à l’autre bout de la ville depuis l’aéroport, il nous a fallu traverser les zones industrielles, plutôt maussades, par des routes qui méritaient leur réputation de « russes », voyez plutôt « pas très bien entretenues ». On a fini par arriver devant un foyer aux allures elles-aussi soviétiques, et bien qu’étant curieux de voir à quoi pouvait ressembler cet héritage de l’URSS en Russie, tenir un an là-dedans, ça risquerait d’être long.

Au final, le confort était au rendez-vous. Et dès le lendemain on s’habitue et on prend ses marques; on découvre un quartier, à proximité des monuments historiques, qui est entretenu, typiquement russe, calme. La barrière de la langue tombe très vite, parce qu’on n’a pas le choix, parce qu’on est là pour ça, parce qu’on est motivé, et que, même si on panique un peu au début, surtout quand on se retrouve seul, on finit par s’en sortir. En ce qui concerne le climat : voir de la neige un 3 octobre ça marque. Ça vous amène à vous demander ce qui vous attend par la suite (mois de décembre/janvier) et surtout quelles températures ! Faut pas faire le guignol et se dire que deux T-shirts et un sweat sous la veste en jean ça suffira parce que même si c’est pas tous les quatre matins, quand il fait -20°C (et quand ça tombe à -27°C surtout), vous le sentez passer. Au final on s’équipe, et… on aime bien parce que l’air est super-sec, rendant le froid supportable et surtout parce que votre barbe finit par geler (les filles, c’est votre mascara que vous verrez geler, vous allez adorer !) Bref ! Nijni c’est typiquement russe, vous vous y habituerez vite,

le froid, c’est le pied, et la langue, c’est pas un problème, parce que les Russes, c’est pas ces gens froids, désagréables et malpolis qu’on nous dépeint.

Comment sont les habitants et les étudiants, là-bas?

Godefroi : Beeeeeen… les étudiants, ils te regardent un peu comme un alien quand tu parles autre chose que le russe. Mais si tu es amené à parler avec eux en russe, c’est tes meilleurs potes en 2 minutes chrono ! Chaleureux et sympathiques ! Et les gens, ça dépend… Mais si le contact se fait en russe, tout se passe bien en général, le tout est de ne pas passer pour un touriste.

Nicolas : J’ai été très surpris ! Dans l’ensemble, je n’ai eu affaire qu’à des gens qui n’étaient pas désagréables, même ivres ! Après, certains sont peut-être un peu froids, mais demandez-leur votre route, et ils vous viendront en aide ! Quant aux étudiants, je les trouve très ouverts d’esprit ! J’ai participé à quelques cours avec des Russes, et j’ai toujours été bien accueilli ! En tout cas, n’ayez pas peur, personne ne vous mangera !

Naomi : Les habitants : plutôt aimables et disposés à filer un coup de main (si on est perdu ou qu’on a besoin d’informations). Après, ça reste des Russes, il faut faire le premier pas et ne pas s’attendre à de grands sourires non plus !
Et, niveau étudiants, j’étais déçue, parce que ça n’a pas été simple de nouer des relations avec les étudiantes (que des filles) de mes cours. J’ai quand même réussi à me trouver 2 tandems très sympas, mais personnellement j’ai eu du mal à me faire des amis en cours (c’est aussi dû à l’organisation bizarre qui faisait qu’une semaine sur deux les cours étaient déplacés et les classes changeaient et j’avais du mal à être assidue).

Mais à l’obchtchejitie on a réussi à se faire de bons amis russes !

Vous vous êtes baladés un peu ?

Nicolas : Sur NN, avec les camarades j’ai fait le Kremlin et son musée, un autre tout proche pas trop loin du foyer, la Ярмарка de l’autre côté de l’Oka, et vu Lénine qui tient toujours debout à côté de celle-ci puis quelques églises. C’est prévu que je fasse le musée de l’usine automobile ГАЗ mais… j’ai pas fini de faire le tour de la ville !

Godefroi : On est parti en covoiturage à Kazan pour un weekend ! 6h de route (via Blablacar), 380km – très sympa ! Sinon le bus est pas mal, on a fait Gorodets (lieu de décès d’Alexandre Nevski). Kazan est vraiment génial, mais il faisait sacrément froid. Laura et Valérie, qui étaient en échange là-bas, nous ont montré la ville, le Kremlin etc. On a aussi visité le musée de la vie soviétique, très intéressant, le musée du peuple tatar, et la Mosquée du Kremlin, impressionnante.

 

Naomi : Pour se promener l’obchtchejitie est bien placé, c’est un quartier très sympa, près du Kremlin et du fleuve. Avant qu’il ne fasse trop froid, c’était parfait pour les balades et les footings. Et il y a des parcs plus loin, très chouettes aussi. Je suis aussi allée à Kazan, on y est tous allés, mais séparément !

J’ai aussi passé quelques jours dans la campagne de Nijni chez une famille russe que je connaissais, et une semaine à Ekaterinbourg, aussi chez des amis russes.

Entre nous, vous recommanderiez à tous de partir là-bas ?

Godefroi : OUAIS! Carrément ! Seul impératif, quel que soit le motif du voyage: savoir se débrouiller un minimum en russe (savoir demander son chemin, etc…)

Naomi : Oui je recommande, parce qu’il y a vraiment des choses à voir, des lieux sympas et où sortir, et que l’ambiance à l’obchtchejitie est plutôt cool avec les étudiants étrangers. Après, niveau fac, les cours de russe pour les étrangers sont assez inégaux (grammaire et expression orale sont VRAIMENT bien, mais le reste ne vaut pas trop le coup)…

L’organisation était foireuse au début. Après ça s’est arrangé, je pense que c’est surtout parce que c’était la première année que l’Inalco avait un accord avec eux.

Nicolas : Je ne recommanderais QUE Nijni. C’est 100% russe et 100% accessible, 2 fois moins cher que Moscou pour les transports, avec un coût de la vie aussi plus faible. Kazan est une très belle ville, elle aussi moins chère que Moscou, mais c’est le Tatarstan, alors il y a un mélange de cultures très intéressant, qui me plaît, mais j’y retrouve pas l’aspect typiquement russe qu’on a à Nijni.