Témoignage (fr) de Domitille

« Quand les Russes rient », thème du festival de films russes en 2015 à Paris. Pourtant, à Kazan, le rire n’est pas si évident. Le cliché des Russes la mine renfrognée et peu avenante dans le rue se réalise ici à la perfection. C’est le froid, me direz-vous ! Défendez-le comme vous le souhaitez, on se contentera de dire : « Это Россия ! ». Ici, comme partout en Russie, il est mal vu de sourire à des personnes que vous ne connaissez pas : c’est souvent perçu comme une marque d’idiotie de votre part. Cette attitude n’encourage pas forcément à parler aux gens, ne serait-ce que pour leur demander de l’aide, car à chaque fois on a l’impression de les embêter. Cependant, c’est loin d’être le cas, et l’épisode que je vais vous raconter en est bien la preuve.

A Kazan, la plupart des étudiants de KFU (Université Fédérale de Kazan), sont logés au village universitaire. Ce dernier ne se trouve pas dans Kazan même, mais en périphérie, et pour y aller il faut prendre le bus (ou le trolleybus, il va plus vite !) pendant un peu plus d’une demi-heure. Bien évidemment j’ignorais à mon arrivée à Kazan que le bus n’empruntait pas la grande voie rapide qui relie Kazan au village universitaire en dix minutes à peine en taxi ! Ah oui, car, autre petit détail, le taxi est tellement bon marché ici (moins de 2€ pour aller du centre au village universitaire) que généralement les étudiants le prennent tous au début de leur séjour pour aller faire tous leurs papiers en ville. Mais ça, c’est une autre histoire !

Bref ! Donc après être allée en taxi au centre, je décide, pour la première fois, de rentrer en bus, mais de marcher un peu avant car il faisait beau, bien que froid (-14°C). Or je pensais tout simplement que les bus empruntaient la même route que les taxis, à savoir la voie rapide. Je commence donc à me diriger vers celle-ci, jusqu’au niveau du théâtre Кукол. Arrivée à ce niveau, je vois un arrêt de bus et je me mets à attendre…attendre encore… Le froid commence sérieusement à se faire sentir, et, quant à faire, j’abandonne l’idée du bus et décide de prendre un taxi. Problème : le froid fait chuter la batterie de votre téléphone portable très rapidement, et en moins d’une minute le mien passe de 30% à 1%…pour finalement s’éteindre une seconde plus tard. Bien évidemment, pas de batterie de secours, et donc aucune possibilité de commander un quelconque taxi !

Il me faut donc retourner à cet arrêt de bus et de nouveau attendre en espérant qu’un bus finisse par passer, et que ce soit le bon ! Rien de moins sûr ! Au bout de quelques minutes d’attente, toujours pas de bus en vue, et le froid mordant, je me décide à aborder une бабушка, bien qu’au premier abord elle me semble renfermée et peu sympathique. Prenant mon courage à demain (et il en faut pour oser parler aux Russes !), je lui demande si elle sait quand le bus va arriver. Elle me répond que les bus ne passent plus ici (malgré l’arrêt de bus toujours présent). Je lui explique alors que je suis bien ennuyée car je dois rentrer au village universitaire mais ne sait pas du tout comment m’y prendre ! Tout à coup, la voilà qui sourit, s’ouvre, me dit de la suivre, qu’elle va m’aider, et nous voilà parties toutes les deux, direction l’unique ligne de métro de Kazan ! En chemin nous parlons, elle me raconte ce qu’elle fait dans la vie, me demande d’où je viens, se perd en compliments sur la France, et sur les étudiants français qui viennent étudier à Kazan. Tant bien que mal nous arrivons au métro et Лариса, car c’est son nom, me demande mon numéro pour rester en contact avec moi : « si vous avez le moindre problème un jour, appelez-moi ! ». Je prends le sien.

Toute revigorée par cette rencontre absolument charmante, je prends le métro, non sans quelques difficultés : là encore, une бабушка et un policier me voyant dans l’embarras m’ont aidée, et étaient absolument ravis de voir une Française chez eux ! Après avoir un peu parlé avec eux, je monte dans le métro, puis, non sans quelques mésaventures, dans le bon bus, et je parviens enfin à rentrer au village universitaire, transie mais heureuse de ces quelques rencontres !

En plus de connaître désormais le bon arrêt de bus, j’ai appris, grâce à cette petite mésaventure qu’il ne faut jamais s’arrêter à la première impression que nous font les gens, du moins en Russie : leur aspect fermé et rebutant cache en fait un grand coeur et, si jamais on leur demande de l’aide, ils se plient en quatre pour vous, quitte à changer tous leurs plans pour vous aider. Depuis je reste quotidiennement en contact avec Лариса, à qui, le 8 mars, je n’ai pas manqué de dire : « С праздником 8ого марта ! ».

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